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Société : harcèlement sexuel

De la réflexion au ridicule : Dominique Strauss-Kahn, Harvey Weinstein, Tariq Ramadan

n Par Ibrahim Alabi ORIDOTA

La parole des victimes de viol et de harcèlement sexuel se libère en France et dans le monde. C’est salutaire. La prévention des risques de délations calomnieuses qui créeraient d'autres victimes innocentes dont la réputation se trouverait durablement compromise est son complément indissociable. Ce n’est en rien ridicule. Voici pourquoi.

 

Avant d’aborder ce sujet, j’ai consulté une amie de presque 10 ans, 70 coups à l’horloge, féministe et alter-sociétale. « On se demande pourquoi tout ça sort maintenant », fut sa réaction. En effet.

 

 

Marie-France Hirigoyen est Française, docteur en médecine, psychiatre, psychanalyste et psychothérapeute. Elle a publié Le harcèlement moral : La violence perverse au quotidien. Pour Marie-France Hirigoyen, le harcèlement n'a pas de sexe et seulement 2% des hommes harcelés osent porter plainte.

 

Vous avez dit ridicule !
Le viol est un crime. Il est destructeur. Ses victimes peuvent en souffrir le restant de leur vie. Des cas avérés sont traduits en justice depuis des années. C’est donc affligeant de n’assister à des cris d’orfraie que lorsqu’un notable se fait prendre alors que « ceux » qui savaient se taisaient. Rien n'est plus dramatique pour une victime que des témoins qui regardent ailleurs ou se terrent ou des témoins qui deviennent victimes des harceleurs parce que personne ne veut se « mouiller ».

 

Lyncher un bouc-émissaire, c’est facile. Crier au scandale et traiter de ridicules ceux qui mettent en garde contre la dénonciation calomnieuse est hypocrite. Les délations mensongères devraient systématiquement faire l’objet d’enquêtes et de poursuites quand elles ne sont pas avérées parce que la calomnie laisse toujours des traces.

 

Crier au scandale par intermittence ne sert pas les grandes causes que sont, et devraient être, les luttes contre l’abus sexuel, le viol, la violence entre conjoints ou en famille. La société se doit d’accepter qu’il y a un aspect culturel et idéologique constitué en force d’inertie et qui empêche de rendre le harcèlement sexuel socialement impossible. Châtier le viol et le harcèlement ne devait pas dépendre de la malchance de leurs auteurs ou des bavures commises par ceux qui doivent appliquer la loi. C’est profondément injuste pour les milliers de victimes dont les paroles sont minorées.

 

Roman Polanski et
Tariq Ramadan : deux poids deux mesures

Quand l’affaire Dominique Strauss-Kahn éclata après l’arrestation ostentatoire de l’ex-directeur du Fonds monétaire international à New York, seule la voix de feu Michel Rocard eut la noblesse de celui qui savait et qui avait parlé. Le coup de tonnerre n’a réveillé que ceux qui étaient dans le coma. Non seulement toute la classe politique, ou presque, savait, personne n’osait parler. Ceux qui vont se présenter comme victimes étaient aussi parmi ceux ou celles qui sollicitaient les faveurs du roi déchu (voir mon article intitulé Affaire DSK : Je tire ma révérence-publié le dimanche 15 mai 2011 à 14:55).

 

Depuis que les frasques d’Harvey Weinstein secouent Hollywood aux Etats-Unis d'Amérique, seule l'ex-mannequin Diane Kruger a eu la sagesse d’appeler à la prudence sans ambiguïté. « Je n’ai pas eu affaire à Weinstein, mais je connais des photographes qui sont bien pires ». Cette parole n’a pas porté. Pourquoi ? Comment peut-on expliquer qu’une centaine de femmes fassent soudainement éruption pour accabler Weinstein alors que le public ne sait rien de ce qu’elles ont fait pour en arriver là et, en cela, depuis de nombreuses années ? Pourquoi relayer leurs causes sans distance ni esprit critique ? Il y a un autre contraste gênant.

 

Nous accordons à Roman Polanski un silence et une protection complices. En même temps, nous dressons des tirs nourris et groupés contre DSK et Ramadan. Quel est, pour Polanski, l’âge du consentement ? Comment définit-il le viol ? On a le droit d’être étonné que toutes les effarouchées ne se demandent pas pourquoi la loi n’a pas véritablement et profondément évolué face aux scandales à répétition depuis de nombreuses années.

Marc AILLET, alors Evêque de Bayonne, reconnaît que le silence de l’église était coupable des agressions sexuelles commises par des prêtres sur des mineurs. Selon la République des Pyrénées, les faits remontent à 2009 !

 

Qu'elle soit catholique, romaine, apostolique
ou anglicane, la crédibilité de l'Eglise est en cause

En septembre 2015, un Evêque de l’Eglise d’Angleterre, Monseigneur (superfétatoire en l’espèce) Peter Ball, 83 ans aujourd’hui, a admis avoir protégé Justin Welby, alors archevêque de Canterbury. Ce qui n'empêche que ce dernier ait vite retrouvé la liberté après 16 petits mois de prison pour avoir abusé sexuellement 18 jeunes hommes pendant près de vingt ans, de 1977 à 1992. Pour dire « ridicule » il ne faut pas avoir entendu qu’en 2003, le père Jacques Daheron, 67 ans à l’époque, lié à la fondation des Orphelins Apprentis d'Auteuil à Paris, fut poursuivi et condamné pour viols et agressions sexuelles sur trois mineurs sur lesquels il avait autorité. Cette réalité sociale aurait été moins ridicule si les quelques faits cités ici avaient réellement fait évoluer la loi de manière visiblement décisive, surtout à l'encontre des entreprises ou des organisations au sein desquelles se produisent des faits de harcèlement sexuel ou de viol. Les effarouchées dont la conscience s'accommode des mœurs dépravées et fossilisées en milieux professionnels devraient lire ce que Marie-France Hirigoyen dit des pervers narcissiques. 

 

Le tremblement de terre politique provoqué en mai 2011 par le coup de tonnerre de l’arrestation de l’ex-patron du Fonds monétaire international n’a réveillé que ceux qui étaient dans le coma. Tout le monde, ou presque, autour de l’Ancien ministre de François Mitterrand et tous ceux qui avaient la moindre parcelle de pouvoir à l’hôtel particulier de la rue Solférino, siège parisien du Parti socialiste français, savaient. Ainsi qu'il en va de la lâchete, ceux qui savaient regardaient ailleurs. DSK était puissant, populaire et intellectuellement insaisissable. Il a fallu qu’il soit à terre pour que la haine, les dénonciations et les accusations de celles qui avaient sollicité et bénéficié de ses largesses explosent, jusqu’à l’hystérie.

 

C’est en observant Henda Ayari à la télévision, ce mois de novembre 2017, que je me suis intéressé au cas Tariq Ramadan. Le diable n’a pas encore son avocat mais il se débat avec brio. Ses adversaires n'arrivent pas à comprendre pourquoi les tentatives pour le discréditer lui attirent de la compassion. Même les brigands repentis qui se mettent au service des forces de l’ordre pour infiltrer la mafia ont l’intelligence de la discrétion. La manière dont Madame Ayari expose son cas à la télévision dévalorise ses propos et « disculpe » l’accusé. Du point de vue des psycho-sociologues, rien n’est plus facile pour un extrémiste que de changer de bord et passer d’un extrême à l’autre. De salafiste hypervoilée, Madame Ayari passe dans le camp de ceux qui avaient, et qui devaient, conserver toutes les raisons de la suspecter.

 

Voici ce que raconte Madame Ayari : « Quand nous sommes entrés dans la chambre [de l’hôtel], Monsieur Ramadan m’a proposé à manger. J’ai refusé. Il est allé se laver la main. En revenant dans la chambre, il s’est jeté sur moi et m’a embrassé de force. J’avoue que j’ai d’abord joué le jeu, mais il m’a brutalisé et je me suis retrouvée sous lui. Au réveil le matin, il a prétendu devoir partir tôt et m’a laissée dans la chambre ».

 

Ce qui précède ne veut pas dire que Madame Ayari n’ait pas été violée, mais quand on a passé la nuit avec un violeur dans une chambre d’hôtel, on peut à un moment tenter d’alerter le personnel de l’hôtel. Le parallèle avec le directeur de l'hôtel de luxe, le Sofitel de New York, qui prétend ne rien savoir d'une femme de chambre qui s'enfermerait dans la chambre des hôtes VIP est du même ordre. J'ai été administrateur d'hôtel et je confirme que cela est impossible dans un établissement hôtelier de premier ordre. Madame Ayari n'est pas inquiétée comme le directeur de Sofitel New York ne l'a jamais été. Concernant celle qui accuse Ramadan, il paraît qu'elle avait tellement eu peur pour ses enfants qu'elle s'est endormie dans les bras de son violeur. 

 

La fragilité de ce récit m’a intrigué et mon étonnement m'a amené à m’intéresser au cas Tariq Ramadan. Je découvre qu’il a été auditionné à l’Assemblée nationale française le mercredi 2 décembre 2009 par une Commission qui voulait l’entendre sur l’influence de ses prédications auprès des jeunes français de confession musulmane. Quand on prend le temps de visionner cet enregistrement d’une heure quarante une minutes, cela saute aux yeux. Monsieur Tariq Ramadan est dans le collimateur depuis un certain temps, à tort ou à raison, mais ce n'est pas le sujet. Ce qui est manifeste en visionnant cette vidéo, c'est que tout ce qui peut discréditer l'universitaire et islamologue suisse ne peut qu’être bon à prendre, voire bon à susciter.

 

Je ne plaide pas pour Monsieur Ramadan. Je n’ai lu aucun de ses livres. Je n'ai lu aucun des livres qui lui sont consacrés. Je n’ai jamais visionné les cassettes de celui que ses détracteurs désignent de prédicateur intelligent et habile. Je dis simplement que, pour accuser une personne de viol, l’accusation ne doit pas souffrir de doute. Le cas de Madame Ayari, à première vue, ne franchit pas l’examen du plus sommaire scrutin.

 

Que les choses soient claires. Il ne s’agit pas et ne peut s’agir de confondre violeur présumé et jihadiste présumé. Ceux qui cautionnent des terroristes qui s’explosent ou assassinent des innocents ne peuvent et ne doivent rien obtenir d’une société démocratique. Ce sont des lâches. Ils ne méritent pas la compassion qu’ils sont incapables d’éprouver pour autrui. Tuer au nom de Dieu, c’est utiliser des moyens et des vocabulaires du 7ème siècle pour répondre aux problèmes et aux questions du 21ème. Les auteurs de tels comportements ne peuvent même pas bénéficier de mansuétude dans les pays dont ils veulent propager les idées. Si ces idées sont si belles, alors personne ne les empêche d’aller vivre dans les pays de leurs commanditaires. Ils vont vite déchanter. Les djihadistes de retour de théâtres de guerres, si inhumainement meurtrières, ne sont pas des enfants prodigues. Seules leurs progénitures ont droit à la protection, sous toutes réserves. 

 

Que l’émoi s’empare de ceux à qui les médias font découvrir les affres du viol et du harcèlement sexuel est, somme toute, normal. Ce qui est moins tolérable, c’est que la libération de la parole devienne l’occasion de calomnies. Traiter de ridicules ceux qui appellent à la tempérance l'est tout autant. Nous serons, chaque fois qu'il en sera ainsi, en présence d'une affligeante expression d'hypocrisie.

 

Dans la lutte contre le harcèlement sexuel ou le viol, il n’y a pas de place pour les cauteleux. Sinon, c’est la toute-puissance des violeurs, réels ou potentiels, qui s’en trouvera renforcée. Certes, ce sont les mentalités et non les lois qui ont fait évoluer les sociétés patriarcales fondées sur la violence, y compris celle qui est faite aux femmes. La femme européenne n’a eu le droit de vote qu’en 1960. Les féministes, même s’ils n’ont pas toujours su éviter le piège de la violence à l’envers, y sont pour quelque chose dans la possibilité pour la femme européenne de disposer d’un chéquier. C'est sous leur impulsion que le viol fut qualifié de crime. C’est de ces points de vue que les sauts d’humeur à l’encontre de ceux qui appellent au respect de la présomption d’innocence relève de l'inacceptable. Lutter contre le harcèlement sexuel et le viol mérite mieux que ça.

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Publié le mercredi 15 nov. 2017 04:30, mise à jour 16 nov. 2017 14:18.

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